Fracture de fatigue
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Association des Parents d'Elèves
du Conservatoire National Supérieur
de Musique et de Danse de Paris

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Fracture de fatigue

 

 

 

 

LA FRACTURE DE FATIGUE :
Mythe ou réalité pour nos danseurs ?

 

Qui n'a jamais, danseur ou parent, entendu avec une certaine appréhension ce verdict impitoyable " c'est une fracture de fatigue " ! Elle frappe sournoisement, sans qu'il y ait eu choc. La carrière de ma fille dc mon fils, est-elle irrémédiablement compromise ? Il n'y avait rien à la radio quand elle se plaignait… Alors…? Autant de questions que chacun se pose. Pour y répondre Pierre Lesure, kinésithérapeute, a interrogé le Docteur Danowski, qui a bien voulu se soumettre aux questions de 'dans'heures".

P. Lesure : Monsieur Danowski, merci d'avoir accepté de répondre à l'inquiétude d'un grand nombre de danseurs et de parents lorsqu'on parle de fracture de fatigue. Permettez-moi de rappeler pour nos lecteurs que vous êtes titulaire du CES. de rhumatologie. diplômé du CES de biologie de médecine du sport, Médecin Fédération National des sports de glace, Chef du Service de rééducation CMCJ Chantilly, Directeur de l'Ecole Nationale de Kinésithérapie… que vous vivez à 100 à l'heure avec, dans le regard, un sourire quasi permanent qui est la marque indélébile de la passion ! Alors, la première question qu'est-ce que c'est qu'une fracture de fatigue ?

R. Danowski : La fracture de fatigue résulte d'une activité physique excessive entraînant des modifications du remodelage osseux. Elle est donc provoquée par d'importantes sollicitation itératives de la structure osseuse. A proprement parler, on ne devrait pas employer le terme de fracture mais d'un trouble du remodelage osseux déclenchant un processus aboutissant à une fragilisation osseuse. En dehors de tout traitement, l'évolution se fait, par contre, vers une fracture vraie. Existe-t-il une localisation privilégiée pour les fractures de fatigue ? R. Danowski : Les fractures de fatigue peuvent toucher n'importe quel os. Toutefois, elles sont assez rares au niveau du membre supérieur ainsi qu'au niveau du rachis.

Vous avez dit, Monsieur, que l'activité physique intensive était l'élément déclenchant. Malgré toute sa grâce, la danse et son apprentissage nécessitent un déploiement considérable de farces. En raison d'une morphologie plus frêle, les danseuses sont-elles plus exposées que les garçons ? Le jeune âge est-il un facteur aggravant ?

RD.: L'âge de prédilection d'une fracture de fatigue est l'adolescent ou l'adulte jeune. Cela concerne aussi bien les garçons que les filles lorsque ceux-ci pratiquent un sport intensif. L'apprentissage de la danse tel que le pratiquent les élèves du C.N.S.M.D.P. est assimilable à celui des athlètes de haut niveau. Souvent adolescents en période de croissance, les danseurs imposent particulièrement à leurs membres inférieurs des efforts physiques soutenus et répétés. C'est donc au niveau des membres inférieurs et des pieds que l'on localisera le plus grand nombre de fractures de fatigue.

Le sol peut-il être retenu dans les facteurs favorisants dans le processus de déclenchement de ces fractures ?

RD : Certainement. Le sol est un facteur favorisant s' il est dur (ciment, surface synthétique ou revêtement isolant souple pour des exercices nécessitants des sauts répétés, par exemple. Une altération du pouvoir amortissant de la chaussure ou un chausson trop usé est également favorisant, à fortiori les exercices pratiqués pieds nus.

Les chaussons de pointes n'ont pas la réputation d'être monté sur coussins d'air!

RD : Pas à ma connaissance. Cela nécessite impérativement de se servir parfaitement de ses pieds et de monter correctement sur pointes.

Existe-t-il un signe précurseur à la fracture de fatigue?

RD.: Quelle que soit la localisation de cette affection, une douleur progressive apparaît. La douleur est de caractère strictement mécanique, apparaissant uniquement a l'effort et disparaissant à son arrêt. Les douleurs, peu intenses au début, viennent progressivement à augmenter jusqu'à rendre impossible les activités sportives. Cette douleur peut également devenir gênante dans la vie quotidienne. En ce qui concerne plus particulièrement les danseurs et, donc, une localisation prépondérante aux membres inférieurs, une boiterie apparaît rapidement.

Cette fracture de fatigue ne peut-elle pas être confondue un certain temps avec une tendinite?

RD.: Devant le siège des douleurs, on peut parfois évoquer une tendinite, mais la palpation, les tests et la mise ta tension éliminent rapidement cette possibilité. Le diagnostic ne semble cependant pas être simple à établir d'emblée!

Quels examens doit-on faire pratiquer? Ta radiographie met--elle bien en évidence une fracture de fatigue ?

RD : Non, le diagnostic n'est pas simple. L'examen, au départ, est très pauvre. On retrouve une douleur exquise à a palpation et éventuellement, si l'os concerné est superficiel, une discrète tuméfaction faisant corps avec l'os. On ne décèle pas, ou rarement, d'augmentation de la chaleur locale. La contraction isométrique sur la portion concernée par le processus peut éveiller une certaine sensibilité. En ce qui concerne la radiographie, elle devra être d'excellente qualité et parfaitement centrée sur la portion suspecte de l'os. Il faut savoir que dans plus de 50% des cas les résultats sont négatifs. Dans une situation positive, un retard de plusieurs semaines par rapport à la symptomatologie clinique sera malheureusement observé. Devant une présomption clinique et en face d'une négativité des clichés radiologiques, la plus grande sagesse s'orientera vers scintigraphie osseuse. Seule, cette scintigraphie osseuse permet donc un diagnostic sûr écartant les diagnostics différentiels par la spécificité des signes obtenus.

Quel traitement doit être envisagé et surtout, la question que tout le monde se pose, quelle est la solution ? L'avenir professionnel est-il hypothéqué ?

RD : Le traitement des fractures de fatigue consiste uniquement en un repos et une mise on décharge s'il s'agit du membre inférieur. Il faudra compter de 4 à 6 semaines. Il faut rejeter l'immobilisation plâtrée eu égard ses conséquences amyotrophiques et enraidissantes. L'activité sportive s'effectuera très progressivement ensuite en respectant scrupuleusement le seuil de la douleur.

Le "Top-niveau" doit être retrouvé environ 3 mois aprés. Traitée rapidement et avec sagesse, abandonnant dès les premiers signes reconnus toute activité nocive, la fracture de fatigue ne restera donc qu'un épisode douloureux mais limité dans l'approche de la vie professionnelle de nos danseurs.

 

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