Vaincre le  trac
logo.jpg (13014 octets)

Association des Parents d'Elèves
du Conservatoire National Supérieur
de Musique et de Danse de Paris

APE-CNSMDP

Accueil ] Remonter ]

Vaincre le  trac

 

 

 

 

LES PROBLEMES DU TRAC ET DE L’ANXIETE
LIES A LA PERFORMANCE ARTISTIQUE
Docteur Arcier, Directeur et Rédacteur en chef de la revue Médecine des arts

Le trac est une forme particulière d’émotion, une peur ou une angoisse irraisonnée que l’on ressent avant d’affronter le public. Il implique une conscience de sa fragilité, de la présence du public, d’un rôle à tenir. Le trac a deux versants:

un, positif " adaptive anxiety " : qui permet de se dépasser, de mettre l’organisme en alerte et qui peut améliorer la performance scénique.
un, négatif " desadaptive anxiety " : qui, par excès, entrave la performance en provoquant les troubles des gestes, de la mémoire et induit une souffrance.

C’est une situation d’éveil dont il faut maîtriser le niveau car un trop grand détachement peut diminuer le talent. Quelque soit le versant prédominant, l’artiste essaiera d’échapper à la sensation de malaise que le trac provoque (alcool, drogues, médicaments ...).

Les américains distinguent le "stage fright", stress aigu se dissipant avec l’épreuve, et la "musical performance anxiety" qui est persistante et entrave la performance artistique.

Les étapes de la prise en charge du trac sont progressives:

1 - Reconnaître le trac:

C'est une réalité dont il faut tenir compte dans la formation. Dans une étude américaine, sur 4 000 musiciens, 1/4 considèrent leur trac comme un problème.

2 - Evaluer le trac:

Des échelles psychométriques permettent cette évaluation, mais c’est la propre tolérance de l’individu qui doit être considérée comme le premier critère de normalité.

3 - Définir la tolérance et l’impact dans la vie artistique

4 - Proposer une stratégie thérapeutique

Du point de vue neurobiologique, le trac n’est pas un trouble organisé structurellement mais un trouble fonctionnel de la communication. Des neuromédiateurs biologiques ont été mis en évidence dans les situations d’anxiété mais l’information ainsi transmise au cerveau est modulée par des systèmes tenant compte du contenu affectif du vécu antérieur... et c’est l’ensemble des biais de ce système qui va être générateur du trac.

Le trac répond à quatre modèles. Un modèle biologique caractérisé par les signes cliniques : respiration rapide, sueurs, palpitations, signes digestifs, "bégaiement de la vessie"... Un modèle cognitif correspondant à l’activité mentale en dehors des affects. La conduite de l’individu étant orientée par la manière dont il prévoit les évènements, une "éducation du trac" peut permettre sa banalisation et sa relativisation. L’éducation chez l’enfant l’amène à acquérir un style cognitif favorable ou défavorable à la performance. Le modèle comportemental est caractérisé par les "coping" c’est-à-dire les efforts destinés à maîtriser ou tolérer le trac. Le dernier modèle concerne la

psychopathologie correspondant aux profils, aux personnalités des "traqueurs".

La stratégie thérapeutique doit savoir respecter une anxiété situationnelle bien tolérée, resituer le trac dans l’histoire du patient, construire une échelle personnelle, analyser les facteurs déclenchants, exclure tout trouble psychologique associé, en particulier chez l’adolescent, et réaliser un bilan médical global. La prise en charge demande une bonne relation médecin-patient. L’action portera sur l’environnement et favorisera les démarches de détente, de plaisir et de repos.

Les traitements du trac sont de plusieurs types:

1- pharmacologiques: Les Benzodiazépines sont des anxiolytiques non dénués d’effets indésirables tels que somnolence, dépendance, limitation de la performance. Elles sont un traitement de l’anxiété généralisée mais non du trac.

Les Bêta-bloquants agissent sur les signes somatiques du trac et favorisent la performance sans créer de dépendance ni de somnolence. Ces traitements sont largement utilisés mais négligent la dimension affective et émotionnelle du trac.

2 - comportemental et cognitif: Il doit permettre de réapprendre à gérer le stress situationnel par le contrôle des réactions physiologiques et la modification des comportements. Le patient construit une hiérarchie situationnelle du trac puis apprend graduellement à maîtriser l’anxiété grâce à des méthodes de relaxation. La structuration cognitive met en relation cognition, émotion et trac, repère les cognitions négatives, identifie les pensées génératrices de trac.

3- annexes: Pouvant faire appel aux médecines parallèles, homéopathie, acupuncture, phythothérapie.

4- traitements associés: Sophrologie, hygiène alimentaire, de vie, méthodes Feldenkrais, technique Alexander, ont l’avantage de pouvoir être annexées à l’apprentissage artistique et peuvent être une bonne base préventive contre le trac...

En conclusion, la frontière entre le trac et les troubles anxieux est compliquée et le traitement doit être modulé. Le trac est un phénomène appris et non inné, il doit donc être "désappris". Le vrai traitement ne réside donc pas dans les médicaments malgré le confort qu’ils peuvent apporter, mais dans la transformation des modes d’apprentissage qui devraient associer à la formation aux gestes techniques le contrôle de soi, la gestion du temps en mettant l’accent sur la nécessité de s’accorder des moments de répit et de repos, surtout chez l’enfant et enfin donner la priorité à la confiance en soi.

Docteur Arcier

Voir à ce sujet son livre:
"Le trac, mieux comprendre le trac pour l’apprivoiser
. 

 

Accueil ] Remonter ]